Prolonger le corps

 

L’art de Vincent Walker a toujours débordé du cadre. Ses premières œuvres, il les trace adolescent à coup de bombes, défonçant murs et trains de Bourges, où il grandit. Ses études aux Beaux-Arts de Reims, au début des années 2000, ne l’assagissent pas vraiment. A rebours de ses camarades, il s’attaque à des supports bien peu conventionnels : t-shirts, casquettes, vêtements divers, qu’il métamorphose à l’aérographe. Ses lignes franchissent le textile, et s’accrochent aux corps, déjà, lorsqu’il crée des tatouages éphémères pour des soirées privées en boîte de nuit. Et bientôt elles s’emparent de l’espace, changeant les perspectives et les couleurs de pans de murs entiers lorsqu’il devient designer mural, en 2011.

 

C’est au même moment, pour immortaliser ses œuvres, qu’il achète son premier « vrai » appareil photo, un Nikon D90, l’un des premiers appareils numériques grand public… Il en accumulera bien d’autres par la suite et s’imposera finalement comme photographe professionnel. Mais sans jamais renoncer à son travail graphique. Dès 2014, il pose les bases d’une série qu’il continue d’explorer aujourd’hui. On y voit des corps que rien n’habille, sinon quelques lignes tracées sur la chair. La peau devient support. Toile vivante, épiderme peint. En gros plan, l’image sème le doute, le pigment semble respirer à l’unisson du modèle.

 

Après quelques expositions collectives, Vincent Walker signe enfin son premier accrochage individuel, et assume la singularité de sa démarche. Mêlant dans ses images les disciplines (dessin, photographie, peinture sur corps, architecture, danse ou acrobatie), il donne une nouvelle manière de voir l’humain, transfiguré par l’art. Ici des lignes noires camouflent la silhouette d’une femme arachnéenne. Là, une ligne dorée lie les pleins et les déliés de deux corps emmêlés. Ailleurs encore, la peinture crée une perspective, donnant une profondeur géométrique au corps. Ou prend la forme d’une armure qui semble s’écailler, accentuant la fragilité de nos enveloppes mortelles.

 

Ce que Vincent Walker trace, ce sont peut-être des lignes de vie. D’autres vie que la notre. Elles dessinent la possibilité de se réinventer par l’art, à l’infini.

 

 

Léo Pajon, Arts Magazine